“Cher ami, vous voulez rencontrer le Président ?”

«Alors donnez trois dollars maintenant, et vous serez automatiquement inscrit pour peut-être gagner un voyage où vous rencontrerez le Président en coulisses à Las Vegas!»

C’est Mich Stewart qui m’a écrit ceci, le directeur de Organizing for America, l’association formée à partir de celle de la Campagne d’Obama (ils ont gardé le «O» pour conserver le fameux logo).

Et puis il y a aussi les emails de Michelle Obama, Joe Biden, et même parfois Barack Obama, qui m’appellent tous par mon prénom. J’en reçois assez régulièrement, et même tous les jours en moyenne depuis le 20 septembre environ. À mesure que se rapprochent les élections du 2 novembre, qui devront notamment renouveler un tiers des membres du Sénat, ma boîte mail se remplit avec une régularité croissante.

Tantôt pour m’inviter à une conférence tenue par les démocrates à Los Angeles, tantôt pour me dire à quel point il est important d’aller frapper aux portes de mes voisins afin de leur expliquer les enjeux de ce vote, tantôt pour me donner l’adresse d’une house party super-fun-où-on-s’engage-à-voter-démocrate-et-où-on-diffuse-un-message-spécial-du-Président.

On est même allé jusqu’à m’envoyer le numéro de téléphone, le nom et l’âge de quelqu’un au hasard, dans mon État, pour que je l’appelle et « démarre une conversation. » « C’est une expérience incroyablement forte. »

Alors, comment Barack a-t-il eu mon adresse email ? En fait, c’est à Michelle que je l’ai donnée, sans me méfier, et elle l’a refilé à toute sa petite famille. La raison ? En août, Michelle voulait offrir à son mari une carte d’anniversaire signée par un maximum de gens. Moi, ça me rappelle quelque chose : dans cet article écrit en 2009 pour Rue89, je me moquais de certaines méthodes de spam illégales qui, pour obtenir un répertoire d’adresses, évoquaient «une carte d’anniversaire mondiale» à une «copine».

Depuis, Barack m’a remercié chaleureusement («une fois de plus, Michelle a trouvé un moyen de me surprendre»), puis il m’a demandé de m’engager à voter («j’ai appris une chose en tant que community manager : quand les gens promettent quelque chose, comme voter, il y a beaucoup plus de chances qu’il le fassent effectivement»). Deux semaines plus tard, il m’a dit pour qui voter («Jerry Brown a besoin de votre soutien — frappez aux portes, appelez vos voisins»), ensuite il m’a parlé de la fin de la mission Américaine en Irak («en tant que candidat à ce poste, je me suis engagé à terminer la guerre de façon responsable ; c’est ce que je fais ce soir en tant que Président»), et puis… patatras. Il s’est senti assez proche de moi pour me réclamer du fric.

«J’ai vu ce que vous pouviez faire quand les enjeux sont élevés, et je n’ai jamais eu autant confiance en votre capacité à faire ce qu’il faut. (…) Ferez-vous un don aujourd’hui ?»

D’autant que d’autres démocrates convaincus («des instituteurs et des pompiers, des routiers et des infirmières», me détaille ma copine Michelle) ont promis de doubler nos dons. «Une contribution de $5 deviendra $10.» De cette façon, on vous rend responsable des effets d’une décision d’un autre, sachant que tout est fait pour «humaniser» la procédure : vous pourrez envoyer un message à celui qui complétera votre don.

Ce matin, c’est Mary Jane Stevenson (qui n’a rien à voir avec l’écrivain Robert Louis du même nom, mais dont une recherche Google aboutit sur une page intitulée «Mary Jane Stevenson is a Whore» en premier résultat) qui m’a invitée à venir applaudir Bill Clinton et les candidats démocrates californiens à UCLA vendredi prochain… Elle me demande même de venir trois heures à l’avance avec un portable pour appeler tous mes amis, en échange de quoi je serai assuré d’avoir une place de choix.

Voilà la communication politique à l’américaine. Comme aucun Républicain ne m’a demandé de signer sa carte d’anniversaire, je ne sais pas à quel point les adversaires de mes correspondants réguliers s’organisent dans ce domaine. Mais je les imagine mal faire mieux que cette fine équipe qui m’appelle par mon prénom et m’informent sur ce qui se passe autour de chez moi.

Fin septembre, j’ai même reçu cette vidéo Youtube, tournée dans un style faussement brouillon très étudié, et dans laquelle Obama s’adresse directement aux membres d’OFA (Organizing For America) :

Réponse sur l’efficacité de la méthode le 2 novembre, dans les urnes.

_____________

Plus simple pour rencontrer le président : Barack Obama sera à USC vendredi 22 octobre pour soutenir la candidate démocrate aux Sénatoriales, Barabara Boxer. Évidemment, débrief à suivre sur If I was in LA.

Voir aussi :

« Signe la carte d’anniversaire de Barack Obama (et autres spams) » sur Rue89.com (28 juillet 2010)

« États-Unis : ces firmes françaises qui financent les candidats » sur Rue89.com (13 octobre 2010)

Crédit photo : capture d’écran du logiciel Mail (Bouleis, 2010)

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