Cinéma: Et venant de nulle part, surgit un Cygne Noir

Et voilà, cinq nominations aux Oscars. Black Swan, qui sort en France le 9 février, a provoqué son petit tsunami de mon côté de l’Atlantique. Je l’ai vu dès sa sortie, début décembre, et revu un mois plus tard au Canada. Dans une salle toujours pleine à craquer.

Il faut dire que la sortie américaine a favorisé l’effet boule de neige: le film a bénéficié de ce qu’on appelle ici une sortie «limitée». Autrement dit, seules deux salles le projetaient à Los Angeles la première semaine. Bouche-à-oreille garanti, bien plus efficace que la promo sur les plateaux de télévision. Le nombre a progressivement grossi, frôlant la centaine de salles au pic de diffusion, pendant les vacances de Noël.

Tout dans ce film concourt magistralement à lui faire atteindre son but, du montage aux bruitages, en passant par la sublime prestation de Natalie Portman. Danseuse de ballet, elle est choisie pour interpréter le rôle principal du Lac des cygnes. Tout le problème réside dans la duplicité de ce rôle, à la fois cygne blanc et cygne noir, et la rivalité plus ou moins amicale avec une nouvelle recrue.

Nina, le personnage de Portman, change du tout au tout au cours du film, autant qu’évolue la relation avec sa mère surprotectrice, et finalement perçue comme menaçante. Au fond, tout est une menace, même Nina. Le spectateur est secoué d’avant en arrière ; tour à tour, on entre dans la tête du personnage avant de reprendre de la distance.

L’esthétique est fort soignée, le symbolisme apporte la touche finale. Le blanc et le noir, le contrôle et la nonchalance, le travail et le talent : tout est question d’équilibre. «Perfection is not only about control, it’s also about letting go», ponctue le personnage très particulier qu’est le metteur en scène, sous les traits de Vincent Cassel.

Scène après scène, les miroirs sont omniprésents, et prennent une importance considérable. De fait, peu de films se déroulent autant dans des salles de bain ou des toilettes, lieux qu’un rien charge d’angoisse. La coupe des ongles la plus banale devient une torture pour le spectateur. Ce rien derrière tout cela, ce sont tout simplement les bruitages.

Je m’en suis rendu compte au deuxième visionnage : les sons les plus banals ont été refaits, et viennent souligner le sens de chaque scène. Des souffles, des craquements, un baiser remplacé par le bruit d’un briquet… ce sont des détails infimes, qui contribuent tout au long du film à vous hérisser l’échine.

Comme Le concert, le film s’achève sur le spectacle final, scène dont l’intensité doit beaucoup à la musique de Tchaïkovsky.

Les dialogues ne sont pas non plus en reste. Les répliques sont répétées, gagnent en puissance et en évocation. A tel point qu’une réplique peut contenir à elle seule tout le film : «The only person standing in your way is you. It’s time to let it go. Lose yourself.»

Portman, qui a déjà remporté le Golden Globe de la meilleure actrice pour ce film, est donnée favorite pour l’Oscar. Et comme si ça ne faisait pas assez de statuettes miniatures, elle attend un petit. Dont le père n’est autre que Benjamin Millepied, chorégraphe du film (qui porte bien son nom), rencontré sur le tournage.

Ironie du sort, il joue aussi aux côtés de Natalie Portman dans une scène ou Cassel lui demande s’il serait prêt à «coucher avec cette fille». Il baisse alors les yeux et fait la moue.

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